AUDREY TEICHMANN

Curator and art critic

Text for the exhibition's catalogue
"61e Salon de Montrouge"

Au travers de pièces et d’installations, le travail de Marion Bocquet-Appel, artiste céramiste, se présente sous deux registres : celui de l’objet, et celui de sa situation. Imprégnant ses oeuvres des territoires traversés pour l’acquisition des savoirfaire propres à les produire, l’artiste s’écarte de ces références au moment de les combiner. Contre tout géocentrisme, l’aphorisme plane : trop loin à l’ouest, c’est l’est1. De même que matière et technique sont métonymiques des objets produits – céramique, grès, faïence, porcelaine – au-delà de l’ambiguïté entre artisanat et arts plastiques, la disposition des oeuvres au sein non de territoires mais de systèmes de confrontation ou de sérialité, en hybridation avec les nouveaux médias, les extrait de tout soupçon de fonctionnalité.
Ainsi, In Between (2014) met en jeu le statut d’un ensemble d’objets réunis autour de questions d’équilibres et de points de vue : un socle, un bol, un tissu drapé, deux barrières, réalisés en céramique selon la technique traditionnelle coréenne du buncheong, aux fissures rehaussées d’or, pratique japonaise du kintsugi. Les deux bornes sans ruban laissent le spectateur dans l’ignorance de leur rôle : barrer ou signaler le passage vers le piédestal, mesurer les espaces interstitiels au sein de l’installation, dont la monochromie ne parvient à mettre au même niveau ses composantes. La référence à un système de monstration normé – mise en valeur, mise à distance – établit d’emblée une hiérarchisation, en lien avec les phénomènes d’exclusion auxquels le regard de l’observateur, comme celui du muséographe, procède. L’artiste invite alors à la reconsidération des marges et des absences, des présences absentes : 1 + 1 = 3 (2015) présume d’un surcroît à trouver dans l’addition de deux éléments, par le croisement des objets manufacturés entre eux et avec des documents, reproductions, captures d’écran issus de la chaîne de remplois du copyleft.

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Through pieces and installations, the work of the artist and ceramicist Marion Bocquet-Appel is presented in two registers: that of the object, and that of its situations. In imbuing her works with the territories crossed for the acquisition of the know-how required for producing them, the artist steps away from these references at the very moment when she combines them. Against all geocentricism, aphorism soars: trop loin à l’ouest, c’est l’est (further West is East).1 Just as matter and technique are metonyms of the objects produced — ceramic, sandstone, earthenware, porcelain — beyond the ambiguity between craftsmanship and visual arts, the disposition of the works within not territories but systems of confrontation and seriality, in a state of hybridization with the new media, removes them from any suspicion of functionality. Accordingly, In Between (2014) introduces the status of a set of objects brought together around issues of equilibrium and viewpoint: a stand, a bowl, a draped fabric, two barriers made in ceramic using the traditional Korean buncheong technique, with the cracks enhanced by gold, using the Japanese kintsugi practice.
The two ribbon-less markers leave the spectator in a state of ignorance about their role: barring or indicating the passage towards the pedestal, measuring the interstitial spaces within the installation, whose monochromy does not manage to put its components on the same level. The reference to a systems of standardized display — highlighting, distancing — immediately establishes a hierarchization, associated with the phenomena of exclusion to which observers eye, like that of the museographer, proceeds. The artist thus invites us to a reconsideration of margins and absences, and of absent presences: 1 + 1 = 3 (2015) presumes that there is a surfeit to be found in the addition of two elements, through the overlapping of the manufactured objects between them and with documents, reproductions, and screen captures resulting from the copyleft chain of reutilizations.